Remonter

  • William PRESTON

    La Loge William Preston lettre Beth : 1974, Neuilly-sur-Seine (92), Rite Anglais - Style Emulation. On trouve dans cette Loge un intérêt tout particulier, à l'étude de la Maçonnerie anglaise, de ses origines et de ses évolutions, sans négliger ses rapports constants avec la Tradition Maçonnique continentale, et principalement, française. D'où, une étroite collaboration avec la Loge Louis de Clermont, présentée ci-dessous. La Loge William Preston a son propre site Web, dans lequel vous trouverez la plupart de ses travaux.

  • Elizabeth St LEGER

    La Loge d'Etudes et de Recherches Elizabeth St LEGER Lettre Zayin : 2004, Paris (75), Rite Anglais style Emulation. Voici une histoire bien étrange et bien extraordinaire, qui est survenue dans le monde très masculin de la Franc-Maçonnerie anglo-saxonne. Cette Loge d'études et de recherche se consacre à la Maçonnerie de tradition britannique. Elle a comme particularité d'être mixte afin que toutes les Soeurs qui le désirent puissent assister et contribuer aux travaux de cette Loge.

  • Claude-François ACHARD

    La Loge d'Etude et de Recherche marseillaise qui, depuis 2008, tente de renouer les liens entre les frères et l'Histoire de la maçonnerie.

  • Robert AMADOU

    La Loge d'Etudes et de Recherches Robert AMADOU Lettre Yod. L'ésotériste et le franc-maçon Robert Amadou fut maître écossais à la Grande Loge Nationale Française Opéra (mars 1966), Grand Profès en 19692 3 , rectifié et affilié en 1980 à la Loge "In Labore Virtus" à Zurich (Grande Loge suisse Alpina), reçu Maître de Saint-André au Rite Ecossais Rectifié en 1980, puis Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte avec le nom de "Eques ab Aegypto" en 1982 (Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie).

  • Louis de CLERMONT

    La Loge d'Etudes et de Recherches Louis de Clermont lettre Guimel : 1980, Neuilly-sur-Seine (92), Rite Français Traditionnel. Ici, on s'attache principalement à la première Tradition Maçonnique française, souvent négligée ou reléguée au second plan. De nombreuses découvertes y ont été faites, et c'est principalement, là, que le Rite Français Traditionnel a pu recevoir l'essence et les couleurs qui lui reviennent.

  • HERALDICA

    La Loge d'Etudes et de Recherches HERALDICA lettre Aleph : 1974, Neuilly-sur-Seine (92), Régime Ecossais Rectifié. Cette Loge consacre ses travaux à l'étude de l'Héraldique, de la Sigillographie et de l'Emblématique Traditionnelle. Une des tâches particulières des Frères de cette Loge est de prendre en charge les considérations touchant de près ou de loin aux sceaux et blasons auxquels les Loges ou les Frères de la LNF pourraient s'intéresser.

  • La Céleste AMITIE

    La Loge d'Etudes et de Recherches La Céleste AMITIE lettre He : 1984, Neuilly-sur-Seine (92), Régime Ecossais Rectifié. Une fois l'an, est organisé par cette Loge, un banquet d'Ordre rectifié, dont l'objet principal est la Bienfaisance, et dont, par conséquent, tous les Frères de la LNF sont membres.

  • Le Vray DESIR

    La Loge d'Etudes et de Recherches Le Vray DESIR lettre Dalet : 1983, Clichy (92), Régime Ecossais Rectifié. Cette Loge, ayant la particularité de travailler, le plus souvent, au quatrième et dernier grade symbolique du R.E.R., s'applique à étudier avec minutie les sources et textes fondateurs de ce Rite, autour de la personnalité de Jean-Baptiste Willermoz, qui en fut le principal ouvrier.

  • L'Art de la MEMOIRE.

    La Loge d'Etudes et de Recherches L'Art de la MEMOIRE Lettre Heth : 2005, La Garenne - Colombes (92), Rite Français traditionnel. Cette Loge étudie les principes de cet Art qui a beaucoup compté durant l'antiquité, revisité au Moyen-Age, redécouvert à la Renaissance et apprécié aux débuts de la Maçonnerie spéculative.

  • Louis-Claude de ST-MARTIN

    La Loge d'Etudes et de Recherches Louis-Claude de SAINT-MARTIN lettre Vav : 1990, La Rochelle (17) - Cenon (33), Régime Ecossais Rectifié. Dans ce souci constant de découvrir l'origine authentique et l'état d'esprit du R.E.R. - chose qui, faite de manière authentique et scientifique, n'est pas sans poser des problèmes -, cette Loge contribue par ses travaux à la dynamique singulière que la LNF a mise en place de manière systématique, dans l'intérêt et pour l'épanouissement des Frères.

  • Liber LATOMORUM

    Dès sa création, les frères de « LIBER LATOMORUM » avaient eu le souci de faire partager leur désir d’examen et d’approfondissement de la tradition maçonnique à travers l’actualité éditoriale car c’est avant tout de cela qu’il s’agit.

 

Loge Nationale Française

GOD IS OUR GUIDE

 

Lors du Trentenaire de la Loge Nationale Française, Roger DACHEZ a présenté le texte dont voici le plan ci-dessous.

Ce fut l'occasion de rappeler l'esprit fondateur de notre Fédération de Loges et de proposer des perspectives d'évolution sur les années suivantes.

Sommaire

Présentation

Le 26 avril 1968, trois Loges pourvues de patentes régulières s'associèrent pour fonder entre elles un nouveau corps maçonnique qui prit le nom de Loge Nationale Française. A Paris, la R. L. Jean-Théophile Désaguliers, détentrice à la fois du Rite Ecossais Rectifié et du Rite Français Traditionnel, étant la plus ancienne, adopta le n°1 sur la matricule de la nouvelle Fédération. La deuxième Loge fondatrice avait pour titre distinctif James Anderson, constituée à l'Orient de Lille, au Rite Français Traditionnel. Enfin la Loge Fidélité, à Paris, pratiquait le Rite Anglais Style Emulation.
Avec ces trois Loges, les trois Rites fondamentaux de la LNF prenaient d'emblée leur place, sans rivalité ni hégémonie. Cette harmonie parfaite et cette complémentarité de trois courants essentiels de la tradition maçonnique demeure à ce jour, trente ans plus tard, l'une des caractéristiques majeures de la Loge Nationale Française.
Ces trois Loges n'étaient évidemment pas nées par génération spontanée, et pourquoi ne pas le rappeler, puisque le T. R. Président de la Loge Régionale d'Ile-de-France le mentionnait voici quelques minutes, elles provenaient de l'obédience qui s'appelait la Grande Loge Nationale Française (Opéra). Ecrire l'histoire de ce qu'en Maçonnerie on nomme souvent pudiquement un essaimage, et que d'autres qualifient plus volontiers de scission, est toujours difficile et complexe, et ce d'autant plus à mesure que le temps passe et que les protagonistes de l'événement s'éloignent de nous. Je ne m'y livrerai donc pas ici. Au reste, les motifs de circonstances qui incitèrent nos fondateurs à prendre leur indépendance n'ont plus guère d'importance à nos yeux. Seules comptent les raisons positives qui ont pu les conduire à s'engager dans cette démarche de construction, d'édification.

Etat d'esprit

Pour les comprendre pleinement, il faudrait ici évoquer tout ce qui peut constituer l'essence, le cœur même de la quête initiatique, et tout ce qui pouvait alors nourrir le profond désir qui s'était fortement enraciné dans l'âme de ces Frères. Ils prirent ainsi la décision de créer la LNF pour tenter de répondre à leur exigence de rigueur à l'égard de la tradition fondatrice de l'Ordre, et à leur souhait de restituer aussi fidèlement que possible les usages et l'esprit d'une Maçonnerie conforme à ses principes d'origine, tels qu'en leur âme et conscience ils les concevaient et les ressentaient.
En toute fraternité et sereinement, dans la tolérance et le respect, mais avec détermination et confiance, ils choisirent alors de poursuivre leur chemin dans le cadre qui leur parut le mieux adapté à leur recherche.

Structure

La question des structures se posa aussitôt. Jean-Théophile Désaguliers, James Anderson et Fidélité auraient pu naturellement user du droit unanimement reconnu par la tradition maçonnique à trois Loges de se former en Grande Loge, et d'élire en son sein un Grand Maître et de Grands Officiers, répliquant à nouveau le schéma classique d'organisation des grandes obédiences. Leur choix, pourtant, fut différent, et elles préférèrent la structure plus modeste de la Fédération de Loges, réduisant à sa plus simple expression ce que l'on pourrait appeler " l'appareil obédientiel ". La LNF dès lors fut conçue comme une organisation maçonnique d'un type nouveau, dont les fondateurs étaient désireux de faire un lieu où, sans contrainte, dans la liberté et dans la rigueur, des Maçons sincères pourraient mener à bien leur recherche. Ils prirent alors le nom de Maçons Traditionnels Libres. Accolant ainsi, dans un rapprochement que d'aucuns auraient pu juger aventureux, le mot de " tradition " et celui de " liberté ", ils fixaient en même temps un style et un projet de vie maçonnique. L'un des premiers actes de la LNF fut d'attribuer des Lettres Patentes à une nouvelle Loge, travaillant à Paris au Rite Ecossais Rectifié, l'Equerre n°4, qui fut ainsi la première Loge née de la Fédération. D'autres suivirent, et à ce jour la LNF a accordé des Lettres Patentes à seize nouvelles Loges dites de plein exercice, ainsi qu'à six Loges d'Etudes et de Recherches, au statut particulier, véritables laboratoires de la Fédération, et dont le seul objet es td'approfondir les sources historiques et les fondements de la tradition maçonnique. Ce travail demeure en effet, comme nous le dira tout à l'heure notre T.R.F. Roger Dachez, l'une des préoccupations majeures des Loges de la LNF.
Les Loges se succédèrent ainsi, au gré de l'ardeur des Frères, dans divers Orient, au Nord, au Sud, à l'Ouest, mais, il faut le reconnaître, curieusement, très peu à l'Est...
Qu'il me soit permis de citer simplement quelques unes d'entre elles : La Toison d'Or à Lille, L'Itinérante, la bien nommée, voyageant à l'Orient de la Champagne, L'Harmonie à Bordeaux, Les Amis à l'Epreuve à la Charité sur Loire, Saint Jean aux Trois Chardons et Saint Jacques le Majeur à Paris, Le Havre de Grâce à Bernay, Saint Jean aux Trois Châteaux à Orléans, Goodwill à Paris encore, Faith and Works, reprenant à son tour le flambeau de l'itinérance volontaire à l'Orient de la France, ou Saint Martin à La Rochelle...
Il fallut poursuivre la structuration du groupe. Un règlement général, à la fois simple et précis, fixa les relations qui devaient exister entre les Loges, et définit le rôle dévolu à la Commission exécutive, seule structure commune, composée notamment d'un Orateur National qui la préside, d'un Secrétaire National, d'un Trésorier National et d'un Hospitalier National, tous élus annuellement par l'Assemblée souveraine de Loge Nationale, et chargés de coordonner le travail des Loges, d'assurer l'intendance et de représenter la Fédération auprès des autres puissances maçonniques.

Charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre

Plus fondamental, cependant, un texte majeur fut adopté le 26 janvier 1969 par la Loge Nationale : La Charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre. Ce document, qui est aujourd'hui encore la référence de base de la LNF, mérite d'être commenté quelques instants.
Remis à chaque nouvel initié dans les Loges de la Fédération, il constitue pour nous depuis près de trente ans, le texte essentiel, fixant les principes intellectuels et spirituels de la LNF, définissant les sources des Rites qu'elle pratique et prescrivant les usages symboliques fondamentaux de ses Loges. Rédigé alors même que la jeune Fédération n'avait pas un an d'existence, il représente sans aucun doute le meilleur témoignage de l'esprit que ses fondateurs voulaient y développer.
Dès le Titre Ier, le ton est donné, et les difficultés commencent, si l'on se souvient de l'époque de sa rédaction, avec une définition cursive de la Franc-Maçonnerie. Relisons-la simplement :
"La Franc-Maçonnerie est de nature spirituelle, religieuse et traditionnelle. Elle a pour but la transformation initiatique de ses membres par la méditation de la Loi d'Amour de l'Evangile de Saint Jean, et la pratique rigoureuse des usages, des rites et des cérémonies maçonniques. Cette transformation doit, et ne saurait s'opérer effectivement que dans un climat de tolérance, de modestie, de discrétion, de loyauté absolue, de calme et de courtoisie.
C'est pourquoi
, poursuit le Titre II, la Franc-Maçonnerie doit bannir avec une extrême rigueur de ses Loges, sous peine de manquer à sa mission fondamentale, tout ce qui est contraire à ces définitions. Elle doit notamment se refuser à toute activité dans le domaine confessionnel, politique, social, économique et financier, ce qui est source abondante de mésentente et de conflits entre ses membres. Les Loges s'interdiront tout exposé ou tout travail sur ces sujets et leurs membres s'abstiendront de toute conversation de ce genre lors des réunions maçonniques quelles qu'elles soient."
Reprenons quelques points remarquables. Celui-ci pour commencer : "La Franc-Maçonnerie est de nature spirituelle, religieuse et traditionnelle." Que de commentaires le mot "religieuse" ne pouvait-il manquer de susciter, hier comme aujourd'hui, dans un tel contexte ! Or cet exemple est une bonne illustration de la conception maçonnique de la LNF. En Maçonnerie, on doit renoncer aux réactions superficielles, aux jugements hâtifs. La Loge n'est pas le Forum, et c'est précisément tout son intérêt, et sa spécificité. Il ne faut donc voir ici autre extrémisme provocateur et de mauvais aloi. A-t-on dit que la Maçonnerie était une religion ? Non, évidemment. Nul ne pourrait le dire, nul ne peut le penser. Mais qu'elle soit de "nature religieuse", que voulait-on suggérer en l'affirmant ainsi ?
Tout d'abord qu'il y a incontestablement à travers toute son histoire, depuis ses origines, une dimension communautaire de la Maçonnerie qui se réfère à la fonction essentielle des religions dans les sociétés traditionnelles : religare, c'est-à-dire réunir, rassembler, rapprocher au-delà des préoccupations du siècle, engager les hommes à regarder ensemble, plus haut, plus loin. Cette dimension fraternelle, constitutive de l'institution maçonnique, plonge à l'évidence ses racines dans la culture religieuse de l'Occident.
Ensuite, qu'on ne peut nier, précisément - et nous n'avons, quant à nous, jamais pu nous résoudre à nier -, les fondements manifestement chrétiens des sources légendaires, des usages, des rituels et des symboles maçonniques. Or, l'engagement des fondateurs de la LNF était de se pencher avec attention sur ces sources, en toute rigueur, comme en toute liberté. Mais, aussitôt, et parce que la Maçonnerie n'est ni une religion ni une secte, on nous précise bien que cette approche ne peut et ne doit se faire que dans "la tolérance, la modestie, la modération, la discrétion, le calme et la courtoisie". Le contraire de l'intégrisme, c'est tout simplement la liberté de l'esprit. Tenter de conduire ainsi une telle démarche d'approfondissement et de redécouverte déterminée de ses origines, c'était déjà cela, être un Maçon Traditionnel Libre.
La Maçonnerie est en effet un monde de symboles, ce qui ne veut pas dire, en vertu d'une signification singulièrement dévaluée du mot "symbole" qu'on reçoit parfois même dans les Loges, qu'un symbole est une chose sans importance et peut-être sans contenu réel, puisque ce n'est… qu'un symbole ! La Maçonnerie ne procède pas par affirmation doctrinale, il est vrai, mais si la Maçonnerie n'a effectivement pas de dogme, cela ne signifie pas qu'elle soit dépourvue de principes fondateurs. Ces principes se retrouvent justement dans ses emblèmes et ses symboles séculaires, chargés de sens par conséquent. La préoccupation constante de la LNF fut de s'y rattacher et, en toute liberté, sans tabou ni exclusive, d'en retrouver la sève vivante.
Ainsi s'explique encore, comme le proclame la Charte, que les Maçons Traditionnels Libres aient adopté les armes exactes accordés en 1472 à la Compagnie des Maçons de Londres, et sa plus ancienne devise : "God is our Guide". "Ce qui, précise immédiatement la Charte, doit s'entendre dans tous les sens, mais aussi et surtout au sens opératif, en se souvenant que l'Eternel sur le Sinaï, guida Moïse en lui donnant tous les plans du Tabernacle, qui devait lui-même être le modèle de Temple élevé à Jérusalem, sous les ordres du Roi Salomon, avec l'aide du Roi Hiram de Tyr et le précieux concours d'Hiram Abiff."
En ce sens, notre devise, "God is our Guide", qui pose un choix spirituel qu'il faut comprendre, n'est cependant en rien l'affirmation péremptoire d'un catéchisme au nom duquel une Maçonnerie oublieuse de sa vraie nature pratiquerait l'inquisition des consciences, mais une invitation solennelle à suivre par l'esprit et le cœur les traces de nos ancêtres présomptifs, de ceux qui, dans le monde intermédiaire à l'histoire et au mythe, établirent toutes les légendes qui fondent aujourd'hui encore nos rites et donnent sens à nos symboles. S'engager dans cette démarche, à coup sûr exigeante, c'est encore tout cela, être un Maçon Traditionnel Libre.
Le refus, également énoncé dans la Charte, d'aborder dans le cadre du travail maçonnique, les questions politiques, économiques et sociales, procède bien du même esprit. A quoi servirait la Loge si l'on n'y faisait que ce que l'on peut faire partout ailleurs ? Il ne faut pourtant pas, ici encore, se méprendre, sur ce que signifie cette position. La Loge, disais-je à l'instant, n'est pas le Forum. Mais c'est le Forum qu'agissent tous les hommes, dans leur vie de chaque jour, les Maçons au même titre que les autres. Or, la Maçonnerie accomplirait sans doute une partie de sa mission si les Maçons se conduisaient en effet mieux que les autres sur ce Forum. Dans la conception maçonnique qu'elle défend ainsi, la LNF a toujours souhaité que la méthode maçonnique, par la formation intellectuelle, morale et spirituelle qu'elle apporte à ses membres, par la faculté d'écoute et la tolérance à l'égard d'autrui auxquels elle les accoutume, en fasse des citoyens plus responsables et surtout plus éclairés, capables de faire en toute liberté les choix civiques qu'eux seuls peuvent fixer, et que la Maçonnerie, en tant que telle, n'a pas à leur dicter.

Développement Régional

Forte de ces principes, la Loge Nationale Française poursuivit son développement.
A partir de 1974, une nouvelle étape de sa vie administrative fut franchie avec la constitution des Loges Régionales, dont les Secrétaires, élus localement mais confirmés par l'Assemblée de Loge Nationale, devinrent membres de droit de la Commission Exécutive, au même titre que les Officiers Nationaux. Ce fut d'abord la Loge Régionale d'Ile-de-France - à qui revient aujourd'hui l'honneur d'organiser cette commémoration -, puis celle de Val-de-Loire et Aquitaine. Actuellement, le développement de la Fédération conduit à envisager sa réorganisation future en trois Loges Régionales sur l'ensemble du territoire national.
En dotant les Loges Régionales, qui rassemblent les Loges d'un ressort géographique déterminé, d'une importante autonomie, et en les chargeant de régler à l'échelon local de nombreux problèmes concrets relatifs à la vie de Loges, la LNF ne faisait que poursuivre et développer son concept d'origine : celui qu'en droit on nomme le principe de subsidiarité. Les Loges, comme les Frères s'administrent au plus près d'elles-mêmes, ne recourant à l'arbitrage d'un échelon national qu'en cas de crise sérieuse, qu'il faut naturellement s'efforcer d'éviter, mais qu'on ne règle évidemment jamais au fond en la réprimant simplement d'en haut. De fait, en trente années, la LNF n'a connu qu'un nombre limité de heurts, entraînant au moins à deux reprises le départ de quelques groupes de Frères, ou de quelques individualités, qui suivirent à leur tour leur propre aventure, mais sans jamais rien reproduire qui fût comparable à la structure originale de notre Fédération. Disons que, presque toujours, ils se tournèrent vers des schémas plus classiques, ou des structures déjà prêtes à les accueillir, et sans doute plus conformes à leur nature.

René Guilly

Tout au long de ces années, les Frères qui avaient initié cette aventure s'employèrent, avec courage et beaucoup de générosité, à affermir la Fédération, développer ses Loges, et conduire sur ses chantiers de nouveaux Frères. C'est le labeur de quelques-uns de ces fondateurs que nous célébrerons tout à l'heure. Toutefois, il est impossible de parler de cette époque de fondation et de croissance de la LNF, impossible même d'évoquer le concept de cette Maçonnerie qui se voulait autre et cependant totalement intégrée à l'ensemble de la Maçonnerie française, sans évoquer la figure de son fondateur par excellence, de celui qui fut, par le seul consentement de ses Frères, pendant près de vingt-cinq ans, l'âme de ses travaux, et sa cheville ouvrière : je veux parler de René Guilly, dit René Désaguliers, qui nous quitta pour l'Orient Eternel en 1992.
Doté d'une personnalité hors du commun, imposante et pourtant discrète, sinon secrète, il n'aurait sans doute pas apprécié l'hommage public que nous voudrions aujourd'hui tous lui rendre. Pour cette fois, cependant, nous n'hésiterons pas à lui déplaire. Certes, un homme, si brillant, si éminent soit-il, n'est en Maçonnerie qu'un Frère parmi ses Frères. La Maçonnerie ne reconnaît pas les gourous, et René Guilly, le premier, en dénonçait souvent le danger. Par sa vie, cependant, par son œuvre, par l'apport qui fut le sien au sein de la LNF, il a puissamment contribué à lui donner son visage et à façonner ses traits les plus marquants. Nombre d'entre nous ont eu le privilège de le connaître, et nous avons tous reconnu en lui un Maçon exemplaire de la LNF.
René Guilly était né en 1921, et, après la guerre, il fit ses premières armes dans le journalisme, en travaillant notamment à Combat, où il s'occupa pendant un temps de la chronique parisienne, puis de la critique d'art.
Après des études de lettres, il s'orienta vers les Musées de France, et fut pendant des années, au Musée du Louvre, l'assistant du célèbre Germain Bazin. Il acheva cette carrière comme Conservateur en chef, dirigeant les ateliers de restauration du Louvre, et comme professeur à l'Ecole du Louvre.
Cependant, l'engagement essentiel de sa vie, dans l'ordre intellectuel et spirituel, il l'avait contracté en 1951, lorsqu'il fut initié dans la Loge La Clémente Amitié du Grand Orient de France. Cette Loge jouissait du reste, dans l'Obédience, d'un prestige ancien et d'un passé flatteur. N'avait-elle pas eu le privilège d'initier, le 8 juillet 1875, en un même soir, Emile Littré et Jules Ferry ? L'événement avait attiré ce jour-là, autour de l'Hôtel du Grand Orient, rue Cadet, une foule considérable. René Guilly découvrit ainsi un monde nouveau et déroutant qui devait bientôt le fasciner, et orienter le cours de sa vie.
Très tôt, peut-être par déformation professionnelle, il conçut le projet assurément présomptueux de retrouver les véritables origines de la Maçonnerie française. Dans cette perspective, en 1955, il fonda au Grand Orient de France la Loge Du Devoir et de la Raison, où commença tout un travail dont devait sortir le Rite Moderne Français Rétabli - ultérieurement dénommé Rite Français Traditionnel. L'un des premiers, René Guilly comprit la nécessité impérieuse, pour les Maçons français, de retrouver et d'étudier les origines britanniques de l'Ordre et ses textes les plus anciens. A cette époque, celui que plus tard il désignait comme son "vieux maître", Marius Lepage, qui dirigeait alors la fameuse revue Le Symbolisme fondée par son propre maître Oswald Wirth, fit connaître à René Guilly un petit ouvrage, alors totalement inconnu en France et déjà épuisé en Angleterre, les Early Masonic Catechisms, publiés pour la première fois en 1943, par Knoop, Jones et Hamer. Cette découverte fut essentielle pour le travail de refondation auquel les pionners du Rite Moderne Français Rétabli entendaient se livrer. Deux cahiers fondamentaux furent publiés en 1961 et 1963, sous la signature de René G. et les auspices de la Loge Du Devoir et de la Raison : "Les Trois Grandes Colonnes, Sagesse, Force et Beauté, et les Trois Grands Chandeliers". Il y présentait, pour la première fois dans notre pays, une analyse systèmatique des sources maçonniques anglaises les plus anciennes, alors totalement méconnues en France. Il donna aussi, dès 1961, dans Le Symbolisme, sur un sujet profondément méconnu dans notre pays, un travail princeps en français intitulé "Note sur la Cérémonie ésotérique d'Installation du Maître de Loge".
En raison des difficultés diverses, tout à la fois humaines et intellectuelles, qu'entraînèrent les exigences d'une telle restitution traditionnelle, il poursuivit ce travail, à partir de 1964, à la Grande Loge Nationale Française-Opéra. Il y découvrit alors le Régime Ecossais Rectifié, et le Rite Emulation. Dans ces domaines nouveaux, il entama aussitôt le même travail de recherche, de restauration et d'approfondissement qu'il accomplissait, depuis plusieurs années, dans le cadre du Rite Français.
Le terme de cette démarche fut enfin la création, en 1968, de la Loge Nationale Française.

Renaissance Traditionnelle

L'essentiel des très nouveaux travaux rédigés par celui qui, en vertu de la réserve que lui paraissait requérir son statut de heut fonctionnaire, signa désormais du pseudonyme de René Désaguliers jusqu'à la fin de sa vie, furent dès lors publiés dans la revue Renaissance Traditionnelle, revue totelement indépendante, sans aucune attache abédientielle - en particulier, soulignons-le, à l'égard de la LNF - et dont le premier numéro sortit en 1970. Cette revue, qu'il avait créée et dont il assuma la direction jusqu'à sa mort, introduisit et mit en œuvre le concept, nouveau en France, d'une recherche historique et traditionnelle fondée sur les méthodes rigoureuses du travail universitaire et de l'érudition classique. Poursuivant aujourd'hui son œuvre, elle a acquis à ce jour, en bientôt ving-huit ans d'existence et 112 numéros, une audience qui dépasse largement la France, et elle est unanimement considérée comme une référence majeure dans ce domaine.
Au sein de la LNF, René Guilly-Désaguliers apporta et fit régner le même esprit, traçant l'itinéraire d'une redécouverte de la tradition maçonnique, opérée sous le double signe de la rigueur intellectuelle et "l'intelligence du cœur". C'est sous cette égide qu'elle put grandir et s'épanouir pendant vingt-cinq ans. Ces même principes intellectuels et spirituels continuent encore de la guider aujourd'hui.
Lorsque le 11 juin 1992, René Guilly rejoignit, selon la belle expression chère aux Maçons anglais, la "Grande Loge d'En Haut", avec lui disparraissait l'un des plus grands érudits maçonniques de notre histoire récente, et l'une des figures les plus marquantes de la recherche historique et traditionnelle dans le domaine de la Franc-Maçonnerie. Précisément parce qu'il avait voulu faire de sa vie maçonnique un exemple, mais pas une doctrine, et parce qu'il méritait sans doute d'être qualifié de maître, mais qu'il en avait refusé les attributs, le prestige et les honneurs, le LNF ne disparut pas avec lui. Elle était plus que jamais une communauté libre et vivante d'hommes déterminés à poursuivre l'œuvre commencée, pour la conduire au terme qui dépasse évidemment chacun de leurs vies.

Au sein de la Maçonnerie Française

Je voudrais à présent revenir sur la singulière équation fondatrice de la LNF que j'évoquais tout à l'heure : "une Maçonnerie qui se voulait autre et cependant totalement intégrée à l'ensemble de la Maçonnerie française".
Comment, tout au long des années, ce projet fut-il vécu ?
Et d'abord, que faut-il entendre par "autre" ? Différente, simplement ? Alors, toute la Maçonnerie est faite de ces différences qui composent une sorte d'arc-en-ciel aux mille nuances, et l'originalité n'est pas bien grande. Il ne s'agit pourtant pas que de cela. Par les circonstances mêmes de sa fondation, l'orientation et les préoccupations de ses fondateurs, les formes d'organisation inhabituelles pour lesquelles elle marqua d'emblée sa préférence, la LNF ne pouvait que se singulariser. Disons-le sans détour, elle se posait en réaction contre certaines attitudes intellectuelles, contre certains modes de fonctionnement de la Maçonnerie française, contre certaines réticences spirituelles aussi, et ces choix ne pouvaient que susciter à leur tour certaines réactions parfois seulement curieuses, ou mêlées d'incompréhension, mais parfois aussi pour le moins réservées, voire franchement hostiles. Ces mouvements d'humeur étaient inévitables, mais ils furent très limités, dans leur étendue comme dans leur durée.
Ceux-là mêmes qui, en Maçonnerie ou ailleurs, célèbrent à l'envi les vertus de la tolérance, ne sont pas forcément les premiers à en appliquer les principes. Les initiés virtuels que nous sommes tous, n'ont pas toujours tué en eux-mêmes le profane réel qui survit encore.
Or, lorsqu'on se veut différent, et que l'on rencontre sur son chemin des obstacles et des oppositions, deux solutions se présentent : la première est de se refermer sur soi-même, de se retrancher d'un monde que l'on croit incapable de rien comprendre, de s'isoler dans ce que l'on pense être la pure et unique vérité. Et cela porte un nom : cela s'appelle une secte. Le danger est bien réel, et la Maçonnerie française, il y a quelques années à peine, en a produit quelques exemples. Jamais, à aucun moment de son histoire, la LNF n'a connu, fût-ce un seul instant, cette pitoyable tentation. Elle a toujours préféré une autre solution, plus difficile, plus éprouvante, mais seule véritablement maçonnique : celle de l'ouverture et du dialogue, dans la sincérité et la fraternité.
Oui, toute l'histoire de la Franc-Maçonnerie, si ardemment cultivée à la LNF, nous montre qu'il y eut toujours plusieurs demeures dans la maison du Grand Architecte, et plus que de simples sensibilités, de vraies et incontournables différences, surtout en France, où les héritiers des tribus gauloises ne se sont jamais totalement convertis aux exigences de la raison et de la paix romaines… Mais cette même histoire démontre aussi que les ennemis de la Maçonnerie, presque aussi anciens qu'elle-même, ne se sont jamais souciés de ces différences, et ont constamment désigné comme l'ennemi unique et indivisible la cohorte, à leurs yeux indissociable, des Loges de tout poil et des Maçons de tout acabit, confondus par eux dans une même et irrémédiable réprobation. Ceux qui, voici un peu plus de cinquante ans, sont morts pour cela dans les geôles et parfois dans les camps, ont démontré l'absurdité et l'insignifiance tragique des querelles maçonniques.

Unité maçonnique

Mais l'unité ne se décrète pas. La Maçonnerie française ne l'a jamais vraiment réalisée, ou seulement de manière fugitive, souvent à la suite de grands bouleversements, toujours de façon précaire et généralement sans lendemain. Or, cette question de l'unité maçonnique française fut, curieusement, l'une des préoccupations majeures de la LNF dès son plus jeune âge, et à ce jour encore. Curieusement, pourrait-on dire, en effet, puisqu'après tout la LNF naquit elle-même d'une séparation, et donc d'une atteinte à l'unité ! Mais le problème est, à nos yeux, bien plus complexe. C'est du reste en partie dans cet esprit que la LNF refusa de s'ériger en Grande Loge, pour ne pas en ajouter une à la liste peut-être déjà suffisamment longue des Obédiences françaises. Simple jeu sur les mots, pourrait-on objecter, car cela ne l'a nullement empêchée de vivre en toute indépendance, et de constituer, dans les faits, une Obédience parmi les autres. Sans doute, mais là encore, soyons attentifs aux symboles, et gardons-nous des analyses trop rapides.
La diversité maçonnique française est un fait inscrit dans l'histoire et qu'il serait déraisonnable de contester, et plus encore de prétendre abolir. Sa gestion harmonieuse suppose deux conditions, apparemment contradictoires : la fermeté de chacun dans ses convictions, et la plus large ouverture aux autres. Etre soi-même, absolument, sans compromis, et jalousement s'il le faut, car il n'est de démarche fructueuse que dans la sincérité conduite à son plus haut point ; mais en même temps, admettre sans réserve, sans arrière-pensée, sans mauvaise volonté et sans acrimonie, la différence qui prétend à la même liberté d'exister, et qui pourtant, sans se renier aucunement, tend la main et ouvre son cœur. Si cette alchimie n'est pas possible, alors c'est que la Maçonnerie n'a aucun sens : telle est notre certitude depuis trente ans.
A sa manière, à son rythme, avec ses moyens, la LNF a depuis lors tenté d'œuvrer dans ce sens, et cela de deux façons.
Tout d'abord en s'efforçant d'établi avec toutes les Obédiences françaises, quelles que soient leurs spécificités, des relations d'amitié véritable, dans un climat fraternel et loyal. La présence des délégations que nous avons reçues en ce jour montre bien qu'en dépit des difficultés qui ont pu surgir, cela reste parfaitement possible. La tâche ne fut certes pas toujours aisée pour une petite Fédération de Loges que parfois - nous disons cela sans aucun ressentiment - les grandes Obédiences regardaient avec un peu d'agacement voire de condescendance, ce que nous pouvions du reste comprendre, tout en le déplorant, car dans le domaine qui est le nôtre - sauf à n'y rien comprendre -, ce n'est pas le nombre qu'il faut mesurer, mais la sincérité et la droiture : nos pensons, sur ces points, n'avoir jamais failli. Il reste qu'au fil des ans des liens ont pu se tisser, avec le Grand Orient de France, dès 1973, puis, de manière longtemps informelle, avec la Grande Loge de France, avec le Droit Humain plus récemment, sans oublier nos amis de la GLTS et de Memphis Misraïm.
L'œuvre d'unité la plus importante, cependant, à nos yeux, car notre culture d'origine nous conduit à ne pas accorder d'importance excessive aux appareils, c'est de tisser entre les Frères, dans les Loges, les fils ténus d'une fraternité quotidienne, qui les habitue, non seulement, bien sûr, à se rencontrer en respectant leurs différences, mais plus encore à faire connaître aux autres ces différences, et les convaincre, chaque jour un peu plus, de l'infinie richesse de la Maçonnerie. Que l'on puisse interdire à des Maçons d'aller en visiter d'autres, qu'on puisse refuser de recevoir ces autres, sauf pour des raison impérieuses et graves de morale ou de droit, voilà ce que nous ne pourrons jamais comprendre. Il n'y a pas de vie initiatique sans liberté - ce qui n'exclue évidemment pas le discernement ni la prudence, et même les requiert absolument !
Après trente années, la Loge Nationale Française tient toujours sa place dans le paysage maçonnique français, et quoique moins nombreuse que d'autres, elle ne cherche nullement, on l'a vu, à se retrancher du mon, et s'efforce de répondre positivement à la demande de ceux qui frappent à sa porte, dès lors qu'elle discerne en eux, au travers de rencontres et d'échanges préalables et francs, un authentique désir de perfectionnement, et une sincérité véritable. Prenant la tradition maçonnique comme unique fil conducteur de sa démarche, la LNF s'efforce surtout de mettre en lumière la profonde actualité de ces enseignements, et la remarquable pertinence de la méthode maçonnique pour aider les hommes qui la suivent à trouver librement leur propre voie, en un siècle où les repères moraux et spirituels font souvent si gravement défaut.

Perspectives

A l'aube du troisième millénaire, la LNF entend se situer plus que jamais dans la filiation d'une Franc-Maçonnerie traditionnelle, à la fois attachée à la symbolique la plus ancienne et à l'insertion vivante de la tradition dans le monde contemporain.
Contre le fanatisme des sectes et les dogmatismes de tous ordres, les deux plus graves poisons que le monde moderne ait sécrétés contre la liberté de l'esprit, le Maçon a le devoir de retrouver le sacré en toutes choses et d'œuvrer pour la concorde entre tous les hommes.
Ce travail, nul ne pourra l'effectuer seul, ni à son seul profit. C'est dans le vaste cadre d'une Maçonnerie plurielle par tradition, mais unie dans son essence, qu'il pourra être mené à bien. Nous entendons bien continuer à y prendre notre part, avec tous les autres Maçons français, pour au moins trente ans encore, et, nous l'espérons, beaucoup plus !…

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